Notice: Array to string conversion in /home/philippeahi/www/wp-content/plugins/custom-sidebars/inc/class-custom-sidebars-replacer.php on line 213

Politique : l’année des médusés

Article provenant du média Courrier de l'Ouest du 29 décembre 2017

Politique : l’année des médusés

La comète Macron, la razzia aux législatives, la valse des étiquettes aux sénatoriales : l’année fut folle…

Ils s’y voyaient tous. Ils sont tombés les uns après les autres au terme d’une année électorale extrêmement riche où les surprises auront été multiples. La voici résumée par les épisodes qui ont marqué le Maine-et-Loire.

BENOÎT HAMON FRACTURE LE PS

La droite s’était choisie François Fillon à l’automne. La gauche socialiste attendait ce mois de janvier pour désigner son candidat à l’élection présidentielle. En Maine-et-Loire, le dimanche 11 janvier, la primaire livrait son verdict le même qu’au niveau national. Benoit Hamon (38,48 %), largement en tête devant Manuel Valls (31,82 %), plaçait le curseur très à gauche et divisait les militants. « Je suis inquiet de voir une gauche ainsi éparpillée », commentait alors Frédéric Béatse, ancien maire d’Angers. Prophétique : « Si nous voulons voir un candidat de gauche au second tour de la présidentielle, il nous faudra trouver le chemin d’un accord dés avant le premier tour ».
Peine perdue, le dimanche suivant Benoit Hamon confirmait sa victoire (58,53 %) et déjà, une partie des socialistes regardait ailleurs, à l’image du député-maire de Trélazé : « L’utopie, c’est bien pour faire avancer les choses, mais pas pour gagner. Il faut quelqu’un susceptible défaire contre-poids à Fillon – Le Pen, et je ne vois que Macron ».

ANGERS ET L’AFFAIRE FILLON

Le 25 janvier, « Le Canard Enchaîné » publie un article qui révèle que François Fillon rémunère sa femme Penelope comme assistante parlementaire depuis des années. Une ancienne collaboratrice du candidat est citée par le « Canard », il s’agit de Jeanne Behre-Robinson élue à Angers. Traquée par les radios, télés et journaux, elle se mure dans le silence, s’échappe de la mairie allongée sur la banquette arrière d’un collègue.
Le 8 février, elle accepte de s’exprimer dans « Le Courrier de l’Ouest ». À propos de Penelope, elle dit : « Directement je n’ai pas travaillé avec elle mais ça ne veut pas dire qu’elle ne travaillait pas ». Puis : « Vu la manière dont les choses étaient organisées, je n’avais pas à la croiser ». Jeanne Behre-Robinson révèle son salaire de l’époque (elle se partageait entre deux parlementaires) : « Je touchais 607 euros ». Quand Penelope percevait, elle, jusqu’à 7 900 euros par mois. L’élue angevine, traumatisée, confesse :« Il y a l’affaire de François Fillon, qui est son problème, mais moi j’ai le sentiment qu’on m’a nui (…) J’ai envie de prendre un peu de recul, d’être un peu égoïste et de moi aussi retrouver du calme, ma petite vie ». L’affaire Fillon, elle, ne s’arrête pas. Début mars, des élus LR et UDI de Maine-et-Loire le lâchent. C’est le cas du député Michel Piron et de Christophe Béchu, à Angers. Ce dernier finira néanmoins par lui apporter son parrainage. Mais François Fillon sera éliminé au premier tour de la présidentielle, le 23 avril.

ÇA SE BOUSCULE POUR MACRON

Le 28 février, c’est l’émeute devant le centre des congrès d’Angers. La file d’attente s’allonge sur le trottoir pour espérer entrevoir et écouter celui qui fait désormais office de favori, Emmanuel Macron. La sécurité parvient à faire rentrer 2 000 personnes, dont 800 resteront coincées dans les halls devant des écrans géants. Pour les 200 supporters restés à la porte, la déception est à la mesure de l’attente. « S’il gère la France comme il gère ses meetings eh bien ça promet.. », lance Claudette Daguin, une conseillère municipale refoulée sur le trottoir. À l’intérieur, en revanche, le futur président de la République fait un triomphe devant un parterre où élus de gauche et du centre sont déjà convertis.

RETAILLEAU, FILLONISTE EN CHEF

En pleine tempête, alors que François Fillon est éreinté de toutes parts, le fidèle Bruno Retailleau prend inlassablement sa défense. Le 24 mars, à l’abbaye de Fontevraud, il se confie (un peu) au « Courrier de l’Ouest » : « François Fillon a tenu bon et alors que beaucoup l’abandonnaient, j’ai considéré que mon rôle était de faire en sorte de rester loyal à ses côtés. Mais certainement pas, comme j’ai pu le voir écrit, dans une démarche d’aveuglement. Pas du tout ». Celui qui est encore président de la Région des Pays de la Loire ajoute : « Ni lut ni moi n’étions jusqu’au boutistes. On a toujours, pendant cette période extrêmement rude, extrêmement difficile, essayé de garder notre sang-froid et préservé cette éventualité du renoncement Il n’y a eu aucun fanatisme, aucun ».
Plus surprenant, il confesse : « En réalité, je n’ai jamais été dans l’intimité de François Fillon. On a une relation assez peu affective en fait, et qui est rationnelle. Même s’il y a une grande confiance entre nous, ce n’est pas une relation très démonstrative ».

DROITE ET GAUCHE AU TAPIS

Le premier tour de l’élection présidentielle. le 23 avril, confirme les sondages. Le second tour opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Exit la droite LR et la gauche PS. En Maine-et-Loire, les électeurs avaient pourtant choisi Macron (26.51 %) et Fillon (23.73 %) devant Mélenchon (17,06 %), Le Pen (16.98%) et Hamon (6,44 %). « Macron, c’est la manière la plus propre de renverser la table », confiait quelques jours plus tôt une élue filloniste désabusée par la campagne de son candidat.
Au second tour, le candidat En Marche ! l’emporte largement avec 72.82 % des voix en Anjou contre 27.18 % à Marine Le Pen. « On a évité le pire », soupire Jean-Louis Belliard, secrétaire fédéral du Parti socialiste. « La seule solution pour qu’il y ait un programme progressiste, c’est qu’il y ait un parlement de gauche. On discutera avec En Marche ! mais on sera fermé sur les valeurs et les mesures ». La droite, elle, y croit aussi par la voix de Jean-Charles Taugourdeau (LR) : « Nous visons la majorité absolue à l’Assemblée. Nous avons réajusté notre programme. nous sommes prêts à gouverner ».

LE TRIOMPHE DES MARCHEURS

Les 11 et 18 juin, la vague macroniste finit de balayer les espoirs des caciques de droite et de gauche. La razzia est presque totale et c’est une batterie d’inconnus – ou presque – qui se charge de damer le pion à ceux qui se voyaient déjà en haut de l’affiche. Sur sept sièges de députés. La République en Marche en remporte six avec l’ex-EELV Matthieu Orphelin (64,33 %>)» l’ex-PS Stella Dupont (69,09 %), le Modem Philippe Bolo (62.42 %) et les novices Laetitia Saint-Paul (58,23 %), Denis Masséglia (68,37 %) et Nicole Dubré-Chirat (61,77 %) qui poussent ensemble, quelques jours plus tard, les portes du Palais Bourbon. Sur ce champ de ruines (électorales), seul Jean- Charles Taugourdeau a remporté son combat sur la 3e circonscription (51,88 %). Mais l’abstention est énorme (56,28 %).

LA DROITE PREND LE SÉNAT

L’été est passé, les premières ordonnances aussi. Quand septembre arrive, le paysage politique a déjà un peu évolué. Mais pour gagner un siège de sénateur, certains sont prêts à tout. Poussé par Christophe Béchu, Emmanuel Capus réclame l’investiture LR, l’obtient, puis la délaisse pour prendre la tête de la liste LREM. Tollé chez les Marcheurs et les Républicains. La stratégie finit par payer. Si Catherine Deroche et Stéphane Piednoir confortent la position LR, Emmanuel Capus devient sénateur également, tout comme Joël Bigot, rescapé du PS. Une élection qui est toujours suspendue au recours introduit par la Choletaise Isabelle Leroy (UDI), battue de quelques voix et qui regrette qu’encore une fois, les quatre sénateurs du Maine-et-Loire soient tous angevins.
Bruno Retailleaun qui a choisi de rester au Palais du Luxembourg après avoir laissé les clés de la région à la Sarthoise Christelle Morançais, est, luin réélu « par acclamation » à la tête du groupe LR.

LR : Désertions en série

C’est le dernier morceau de cette année électorale riche et dense. Presque une anecdote tant la présidence des Républicains, promise depuis longtemps à Laurent Wauquiez, ne lui échappera pas. Mais les cadres s’évaporent les uns après les autres. Premier à dégainer, Marc Laffineur (ex-président de la fédé départementale) rend sa carte le 14 novembre. « La France a besoin de rassemblement, pas de discours clivants », lance le maire d’Avrillé qui a constaté « des dérives depuis quelque temps déjà ». Christophe Béchu lui emboîte le pas le 6 décembre en « regrettant profondément que ce parti ait fait le choix d’exclure ceux qui ont accepté de s’engager pour le redressement de la France aux côtés du Président de la République ». Une étiquette LR devenue lourde à porter pour celui qui vise déjà sa réélection à Angers en 2020.