Dans le cadre d’une mission d’informations de la Commission des affaires économiques, j’ai été désigné, avec mon collègue Maxime Laisney, pour remettre un rapport sur le le prix de l’électricité, la compétitivité des entreprises et l’action de l’Etat. Repenser l’intervention publique pour rapprocher les prix des coûts de production est stratégique pour la souveraineté industrielle de la France et pour protéger le pouvoir d’achat des français.
Mieux maîtriser les prix de l’électricité
Depuis la crise de 2022, le prix de l’électricité est omniprésent dans les débats sur l’énergie. Alors que brancher une prise électrique ou appuyer sur un interrupteur était un geste anodin du quotidien, la consommation d’électricité est devenue un sujet d’attention, renforcée par la fin de l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique).
Après 6 mois de travail et l’audition de plus de 70 experts, le rapport remis sur le sujet dresse les principaux enseignements suivants :
- la vulnérabilité des entreprises aux prix de l’électricité dépend de leur secteur d’activité, de la part de l’électricité dans leur coût de production, de la nature de leur contrat de fourniture, de leur capacité à investir dans la sobriété. Toutes les entreprises sont concernées, des TPE aux industries électro intensives. Les entreprises attendent des prix bas, stables et prévisibles ;
- le marché de gros européen s’organise autour des prix spot fixés selon le coût marginal des dernières centrales appelées pour répondre à une augmentation de la demande. Comme il s’agit de centrales utilisant des énergies fossiles chères et polluantes, le prix final est décorrélé des coûts de production français, décarbonés et compétitifs ;
- la multiplication des fournisseurs est la conséquence de la mise en place de l’ARENH dont les insuffisances (optionnalité, asymétrie et écrêtement) obligent EDF à brader une part de sa production sans que ces fournisseurs aient développé des capacités qui étaient pourtant la contrepartie de l’ARENH ;
- l’ARENH, devenu un moyen de régulation des augmentations de prix, est couteux pour EDF : 5 Md€ en 2022 pour racheter sur la marché sa production cédée aux fournisseurs. Autre levier de régulation, les tarifs régulés de vente (TRVe) voient leur efficacité amoindrie par un changement de leur mode de calcul visant à les rendre contestables par les fournisseurs. Ces défauts ont obligé l’Etat à mettre en place des dispositifs face à l’envolée des prix en 2022. Le montant cumulé de ces mesures a coûté 41 Md€ aux finances publiques ; creusant le déficit public dans le prolongement des dépenses consenties lors de l’épidémie de Covid-19 ;
- la fin de l’ARENH va se traduire par la mise en place du VNU. Le dispositif apparait complexe, peu lisible et dépendant de paramétrages règlementaires qui ne sont toujours pas publiés. La conciliation des différents objectifs du VNU (dégager des ressources pour permettre à EDF d’investir et protéger les consommateurs) apparaît délicate.
19 recommandations sont formulées dans le rapport pour rapprocher les prix de production avec le prix final payé par le consommateur.
Article publié le 15 septembre 2025
Mis à jour le 4 décembre 2025