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En maison de retraite, ils sont usés jusqu’à la corde

Article provenant du média Ouest-France du 18 décembre 2017

En maison de retraite, ils sont usés jusqu’à la corde.
Noyant-la-Gravoyère (Segré-en-Anjou Bleu) — La résidence Sainte-Claire n’arrive plus à faire face au manque de moyens. Son directeur, Franck Tessier, s’en est ouvert au député Philippe Bolo.

On a quasiment le nez dans le mur. On n’est pas loin de l’explosion dans un secteur qui n’est pas habitué à ça. Ça va mal dans les maisons de retraite. La situation est grave au point que, aujourd’hui, ce sont les directeurs des établissements qui lancent un cri d alarme.
A Noyant-la-Gravoyère, Franck Tessier, le directeur de la résidence Sainte-Claire, a souhaité rencontrer le député Philippe Bolo pour lui confier ses crantes et ses espoirs. Et le tableau qu’il lui a décrit n’est pas gai.
Des inquiétudes, il en a beaucoup. Sur le manque de moyens, d’abord. “Nous sommes à budget constant depuis quelques années. Or la masse salariale progresse de 1 % chaque année en raison de l’ancienneté, sans compter les augmentations éventuelles. Bientôt, comment allons-nous faire pour payer nos agents ? Devrons-nous licencier alors que nous n’avons pas assez de personnel pour faire tourner le service ?
Les directeurs « pètent les plombs »
La situation est critique. « On en arrive à sélectionner les personnes, non pas en fonction de leurs besoins. mais de nos capacités, avoue Franck Tessier. Quand une personne moins dépendante meurt, on la remplace par une autre moins dépendante elle aussi. C’est dramatique. Éthiquement, ce ne sont pas nos valeurs. »
Le directeur fait les comptes. « Pour fonctionner correctement, on aurait besoin de deux aides soignants de plus dans les unités Alzheimer, et un 50 % supplémentaire pour l’infirmière. En gros, ça représente 100 000 € supplémentaires par an pour l’État et le Département. »
En attendant, les agents font comme ils peuvent, du mieux qu’ils peuvent. « La réalité, c’est ce qui s’est passé il y a quinze jours. Sur six personnes de l’unité Alzheimer en service le week-end, deux étaient malades. On n’a pas pu les remplacer. Les salariés qui étaient présents ont fait des journées de 12 heures. Ce n’est pas normal. »
Et l’an prochain, la résidence devra se passer de ses trois contrats aidés. « On ne sait pas comment on va faire. »
Du personnel débordé, sous tension. et ce sont les accidents du travail qui se multiplient. « Avec l’usure, les problèmes d’articulation se développent. Nos soignants ont beaucoup de problèmes de dos, d’épaules, alors qu’on est pourtant bien équipés en matériel. Le taux d’arrêts et d’accidents du travail est supérieur à celui du bâtiment et travaux publics. »
Sans parler du moral Les burn-out! (surmenage) se multiplient aussi bien chez le personnel soignant que dans l’encadrement. « J’ai quatre collègues du département en burn-out. C’est un fait, les directeurs pètent les plombs. »
Et si. au moins, la rémunération suivait… « C’est un métier très difficile mais pas bien rémunéré, reconnaît Franck Tessier. Chez nous, la valeur du point a été gelée pendant cinq ans pour des aides-soignantes. Elles sont payées 1 300 € par mois. »

Les écoles se vident

Conséquence : le métier ne fait plus rêver et les vocations les plus sincères se découragent devant la triste réalité. « On est arrivé au stade où les écoles d’aides-soignants ne se remplissent pas » se désole Franck Tessier. « Certaines enregistrent 30 % de demandes en moins, alors que ce sont des métiers potentiellement pourvoyeurs d’emplois et non délocalisables. Une école nous a même appelés pour qu’on fasse de la pub pour le métier ! »

De même, les infirmières remplaçantes l’été sont de plus en plus difficiles à trouver. Contraint par la nécessité. l’établissement doit faire appel à du personnel moins bien qualifié.
Et la profession n’est plus a un paradoxe près. « Parallèlement, on nous demande de former des assistants de soins en gérontologie, mais c’est 60 € bruts en plus pour chaque agent formé. » Autrement dit, les intentions sont bonnes, mais sans les moyens, Franck Tessier, comme bon nombre de ses collègues, est aujourd’hui a court de solutions. « On cherche des bouts de ficelles pour pouvoir faire face, mais on n’y arrive pas. On a déjà tout essayé, mais ça ne suffit pas. » Jusqu’à mutualiser la maintenance des ascenseurs…

La résidence en chiffres

70 personnes âgées accueillies pendantes.
10 touchent l’aide sociale. « Pour les autres, la retraite ne suffit souvent pas à couvrir les 1 780 € mensuels, souligne le directeur. Certains ont dû vendre leur maison, ou ce sont les enfants qui complètent.»
2 unités Alzheimer de 11 et 12 personnes, et le reste en place d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. 67 salariés représentant 65 équivalent temps plein. 250 personnes sur liste d’attente de la résidence, dont plus d’une centaine pour les unités d’Alzheimer. L’année dernière, une seule place s’est libérée dans ces unités, indique Franck Tessier.

3000€, c’est le coup moyen par mois, d’un résident à la résidence Sainte-Claire. Les familles paient 1780€, l’état verse environ 800€ ; le département 400€. “Notre établissement est le moins cher du secteur”, souligne Franck Tessier. La résidence est gérée par une association.

Au-delà de l’échange, la rencontre avec le député Philippe Bolo avait un but précis. Franck Tessier lui a remis la lettre ouverte, signée par les 350 directeurs adhérents à la Fédération régionale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées des Pays de Loire, et dans laquelle ils expriment leurs craintes face à l’avenir. Cette lettre sera envoyée cette semaine à tous les élus, les maires, les députés, jusqu’au Président de la République, ainsi qu’à toutes les familles des résidents. Une démarche similaire sera faite dans chaque région de France. Les directeurs espèrent que ce courrier atteindra son but: “si nous n’avons pas de réactions, on envisagera d’autres actions”, prévient déjà Franck Tessier.

« Il faut maintenant trouver les solutions à mener, sinon le tableau est bien sombre… » Durant les deux heures d’échanges, le député Philippe Bolo a pris des notes. Il a surtout écouté, posé quelques questions, demandé des précisions. Il a aussi pianoté sur sa calculette pour faire le total des besoins.
Il le sait, il va falloir se creuser la tête pour imaginer les actions qui permettraient de sortir les maisons de retraite de l’impasse. Le financement participatif ? Une solution selon lui. Franck Tessier n’est pas contre, au contraire. “Nous sommes une association. Si elle était déclarée d’intérêt public, nous pourrions recevoir des dons.” Il ne demande pas des mille et des cents. Avec 50 000 €, j’embauche deux personnes. Le directeur souhaiterait aussi la mise en place des ratios de personnels telle qu’annoncée en 2003. Et moins de normes et de paperasses. “L’agence régionale de santé nous assomme d’enquêtes, sur la qualité de l’air, du radon… Il y a des choses toutes les semaines. Pour quoi faire? A part des statistiques… À croire qu’il y a quelqu’un qui doit justifier son poste!”. Pour le député, “il faut établir un comparatif global des coûts pour l’état.” Franck Tessier : “Même si c’est un effort important pour la nation. Un moment, on est dans des choix de société. La question est comment on veut traiter les vieux dans notre société?”